Et si les pierres étaient vivantes ?





Et si les pierres étaient vivantes ?

Et si les pierres étaient vivantes ?

Pour les Occidentaux, la pierre est inerte. Ce qui est loin d’être le cas dans toutes les cultures.

Il y a donc plusieurs façons d’appréhender le monde minéral ?

Les sciences occidentales, naturalistes, associent les pierres à la fixité et à la stérilité. Elles se fondent sur une séparation entre nature et culture.

D’une part, les minéraux, les animaux ou les végétaux que nous mettons du côté de la nature n’ont pas, à nos yeux, les mêmes capacités que les humains – la réflexivité, l’intentionnalité, le fait de nouer des relations sociales…

D’autre part, le règne minéral est le seul qui exclut le vivant de ses caractéristiques.

Pourtant, lors de nos différentes recherches ethnographiques, lorsque nous passons du temps avec les gens, que nous vivons avec eux, nous nous rendons compte que certaines sociétés considèrent les pierres comme vivantes parce qu’elles grandissent, se déplacent, ou encore parce qu’elles ont des pouvoirs, des capacités thermiques, comme les pierres des fours dits polynésiens qui absorbent et rendent la chaleur.

Dans les communautés aymaras des Andes boliviennes certaines pierres sont décrites comme vivantes en raison de leur résistance.

Sur le chemin qui mène les bergers des hauts plateaux aux vallées, il existe un rocher réputé dans toute la région : personne ne parvient à le casser ou l’effriter.

Ces différentes manières de considérer les pierres renouvellent ainsi les recherches en anthropologie de la nature et nous éclairent non seulement sur le monde minéral, mais aussi sur ce qu’être vivant veut dire, une question d’anthropologie très contemporaine. Réfléchir sur le vivant à partir du monde minéral semble contre-intuitif, c’est pourtant un défi fascinant.

En français, les expressions courantes relevant du minéral en font ressortir la froideur : «cœur de pierre», «dur comme la pierre». Dans les contes, malheur à celui qui est changé en pierre.

Ce qui caractérise le monde des pierres c’est que son cycle de vie est difficile à cerner, à embrasser : son rythme est si lent que sa pulsation ne peut pas s’éprouver à l’échelle d’une vie humaine, et même de plusieurs générations.

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Les changements, qu’ils soient dus à l’érosion ou qu’ils proviennent de la mobilité des pierres, sont d’une telle lenteur qu’ils sortent des fenêtres de la perception ordinaire.

Il est très difficile pour un homme de voir les effets du temps sur les pierres ce qui donne l’impression qu’elles ne sont jamais affectées. Or, ce sont souvent les marques du temps, les signes de la durée, l’usure, qui contribuent, pour nous, à faire du vivant.

Dans quelles cultures aborde-t-on au contraire les pierres comme des organismes vivants, et comment cela se traduit-il ?

Chaque population développe ses propres conceptions du monde minéral et ses propres pratiques. Les pierres peuvent ainsi être appréhendées comme vivantes parce qu’elles bougent, parce qu’elles communiquent, parce qu’elles peuvent agir, parce qu’elles se transforment, parce qu’elles tiennent en équilibre comme les pierres de granit de centaines de tonnes ou encore parce qu’elles contiennent de l’ADN comme les fossiles.

Les modalités de vie des pierres sont extrêmement variables. Dans les sociétés aymaras, toutes les pierres, y compris les montagnes, datent d’une première humanité, d’un âge présolaire où seule la Lune existait.

A chaque nouvelle Lune, comme à chaque pleine Lune, ce temps-là est revivifié, présentifié en quelque sorte, et les pierres se mettent à parler, à se déplacer, à avoir des relations. Elles sont vivantes comme les humains. Elles n’échappent pas non plus à la faim. Les Aymaras de ces communautés leur donnent donc à manger deux fois dans l’année – du maïs, des feuilles de coca, de l’alcool, du sang de mouton…

En Chine ou au Japon, on donne vie aux pierres d’une autre façon encore.

La manière dont les poètes de la Chine ancienne percevaient les pierres était plus proche d’une recherche esthétique : sous leur plume, les pierres ou les montagnes ne sont pas décrites sous leur apparence ou l’évidence de leur présence.

Elles se devinent, apparaissent en creux comme la montagne qui n’apparaît qu’à travers la description de son reflet dans la rivière. Au Japon ou en Chine, certaines pierres d’exception sont recherchées et collectionnées en raison de leur pouvoir évocateur : une belle pierre suggère la puissance du vent ou la force de l’eau.  Les pierres sont des propositions à imaginer et à éprouver la présence d’un autre élément, elles évoquent un mouvement ou une action passés mais aussi à venir.

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Certaines sociétés associent les pierres à la fertilité, à la reproduction

Dans les Andes, les bergers peuvent trouver de petites pierres zoomorphes sur le flanc des montagnes, de la forme d’un taureau ou d’un lama. Les bergers disent qu’ils ont la charge de les élever, un peu comme des enfants.

Dans la langue quechua, le même terme est utilisé pour dire élever un enfant ou élever ces pierres.

Les bergers les ramènent chez eux, les nourrissent, puis les enterrent dans leurs parcelles. La pierre est supposée accroître le troupeau et protéger les animaux des maladies. L’utilité des pierres dans les activités agricoles se retrouve dans de multiples sociétés, chez les Mayas yucatèques au Mexique, ou encore chez les Abelams en Papouasie-Nouvelle-Guinée, où les ignames ont besoin de la présence de certaines pierres pour grandir.

Revenons-en aux Européens. Ont-ils toujours refusé de donner vie au monde minéral ?

Il faut différencier la science et les pratiques populaires : que ce soit dans les massifs alpin, pyrénéen, ou de Huelgoat, de nombreux rochers sont considérés comme des pétrifications ou comme l’habitat d’êtres invisibles.

Dans le même ordre d’idées, l’histoire de la construction des routes islandaises est parsemée de récits d’accidents et d’infortunes provoqués par les elfes courroucés.

C’est pour cette raison que certains rochers sont déplacés, puis nettoyés suite à un chantier routier. Dans un autre registre, de récentes recherches ethnographiques menées auprès de cristalliers du massif alpin montrent que ces chasseurs de cristaux associent ces minéraux au vivant depuis le moment où ils les découvrent, où ils les extraient, les nettoient et les mettent en valeur, jusqu’à leur exposition dans les musées : ils ont une histoire, une biographie.

Y avait-il déjà, avant l’ère chrétienne en Europe, des rites et des croyances dirigés vers le monde minéral ?

Comprendre la vie symbolique de temps si anciens oblige toujours à extrapoler. Ce qu’on peut dire, c’est qu’on retrouve, de par le monde, beaucoup de pierres déplacées, taillées, autour desquelles prenait visiblement place une riche vie rituelle. On leur accordait sans doute des vertus et des pouvoirs, mais il est difficile d’aller au-delà. Ce qui est sûr, c’est que la pierre est un matériau spécifique, profondément associé à l’histoire de l’humanité.

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La pierre incarne la permanence, la stabilité, la densité, la pérennité. Ces propriétés physiques ont fortement nourri l’imaginaire des sociétés. C’est sans doute un invariant, quelque chose qui a traversé à la fois les époques et les cultures.

Comme les statues de l’île de Pâques ?

Nous avons très peu d’information et beaucoup de théories, ces statues ont beaucoup fait travailler l’imaginaire de tous. On ne sait pas si elles incarnent des divinités à proprement dit, si elles les représentent, ni si la pierre comme matériau joue un rôle particulier. Comment penser l’articulation entre ce qui est figuré et le support de cette figuration, c’est-à-dire la pierre ?

De quoi sont chargées anthropologiquement les pierres précieuses ?

Pline l’Ancien affirme que les pierres sont un résumé de ce que la nature produit de plus majestueux.

Les métaux et les gemmes sont ainsi considérés comme les productions les plus achevées et les plus tardives de la nature. Mûries lentement dans le ventre de la Terre, elles en sont la quintessence.

Les pierres précieuses, par leurs qualités sensibles, transparence et lumière, se rapprochent de l’esprit plus que de la matière. Leur importance est aussi d’ordre économique. La valeur (économique, politique, symbolique) qu’on leur accorde permet des échanges entre des sociétés différentes.

Mais je dirais surtout que les pierres précieuses ne sont pas précieuses, elles le deviennent.

C’est tout le travail qui est fait pour les révéler, de la recherche à la taille, en passant par l’extraction, le nettoyage, le polissage, la symbolisation, tout le travail culturel donc qui contribue à faire des pierres précieuses. Elles nécessitent un travail humain très sophistiqué.

source
Propriétés du grenat
Opale, la pierre sacrée du peuple Cherokee
dictionnaire des sciences occultes
Petit dictionnaire des sciences occultes